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Extraits d’un entretien avec Caroline Coll-Seror, avril 2005
AD: - Dans mon travail, il y a beaucoup de photographies et de projections lumineuses. Ces médiums agissent aussi comme métaphores de notre connaissance de l’univers. Le fait d’arrêter les photons conditionne l’apparition des images.
CCS : - Photographies, vidéos, environnements, projections lumineuses, œuvres sonores… Comment comprendre la multiplicité des pratiques auxquelles vous recourrez ? Champ de recherches sur « l’image » ou moyens d’explorer les signes du réel ?
AD : - Tout d’abord tous ces moyens sont à la disposition de tous les artistes et bien d’autres sont à notre disposition, ce ne sont que des médiums. Personnellement je ne me définis ni comme photographe, ni comme vidéaste ou cinéaste, Toutefois, comme nous venons de l’évoquer, j’ai une prédilection pour tout ce qui touche la lumière, projection et éléments lumineux, lampes, néon etc. et la photographie dans sa forme traditionnelle est encore un enregistrement de la trace des photons dans l’espace.
Il y a ensuite. un souci d’incorporer le spectateur au centre du travail, par sa présence et ses déplacements dans ou autour de l’œuvre. Nous ne sommes plus depuis longtemps dans un rapport centré, frontal et idéal – l’œil du Prince- nous évoluons au contraire dans l’univers de la fragmentation. Les installations permettent les déplacements et une approche fragmentaire de l’œuvre. Il devient acceptable de voir un moment de l’œuvre, sa vision ou son expérimentation parcellaire ne sont pas forcément une trahison mais s’apparentent au moment, et il y a beaucoup de moments possibles.
CCS : - Nombre d’œuvres peuvent- à la fois être perçues comme des témoignages – rendant compte d’un événement, d’un vécu ou encore d’une réalité sociale – et comme des images agissant poétiquement ? Comment articulez-vous ces deux aspects ?
AD : - Ma démarche prend appui sur deux nécessités. Le lieu qui intervient dans l’œuvre est d’abord lieu commun. Je l’entends à la fois comme territoire partagé et fondement d’un raisonnement. Dans la rhétorique du XVIIIème siècle, le lieu commun est, dans un discours complexe, l’articulation qui permet à tous de se retrouver. Il s’agit donc de pointer ce qui est là, simplement de l’éclairer et le seul fait de l’éclairer induit une sorte de ré enchantement. Il s’agirait donc d’une tentative de réenchantement du monde. Ce réenchantement traverse les œuvres d’art, cela nous le savons par expérimentation, mais il traverse aussi une parole ou un témoignage dit plus « quotidien ». La poésie n’est donc pas de mon fait, elle est présente en jachère.
Le travail de l’artiste n’est au mieux qu’un révélateur intuitif. J’assemble des éléments épars pour tenter d’en faire quelque chose de juste, notamment par rapport au lieu d’exposition, et quelque chose qui existe en soi.
CCS : - Quels rôles attribuez-vous à l’histoire et à la mémoire dans cette approche des lieux ?
AD : - L’histoire est un moyen, un outil pour décrypter mais elle est temporaire, sujette à variations suivant les préoccupations successives des époques. On parle alors de réinterprétation, de relecture. Il s’agit en quelque sorte de refaire le cheminement à l’envers, comprendre pourquoi telle version a été retenue plutôt que telle autre.
La mémoire implique une idée plus collective et plus poétique. Ce qui est encore plus troublant, ce sont les oublis, les amnésies, le manque. La fabrique de la mémoire comprend cet entrelacs des deux : il faut oublier pour mémoriser.
CCS : - Quel(s) rapport(s) cette mémoire entretient-elle avec le présent ?
AD :Un souci constant puisque c’est la mémoire qui crée notre présent, qui l’engendre et le nourrit, réactivé ou réactif. Le déchiffrage de notre présent encore plus énigmatique que le passé, transite par la mémoire.
Date de mise à jour : 07/09/2005

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